SAW 3 de Darren Lynn
Bousman ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup
moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw
et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même
l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.
REEKER de Dave Payne
**

Dans la chambre d'un motel miteux, Agnes vit seule dans l'angoisse du retour de son ex-mari sortant de prison. Lors d'une soirée après son travail de serveuse, elle invite un nomade mystérieux qui parvient à la séduire malgré sa solitude endurcie. Après une nuit d'amour et une piqûre d'insecte, il lui révèle son passé peu commun. Cela réveille en eux une flambée paranoïaque d'amour et de mort...
Friedkin réussi son retour avec l'adaptation d’une pièce de théâtre romantique et trash devenue culte. Au démarrage l'intrigue traîne en longueur pour mieux nous expliquer le contexte et le passé douloureux de cette femme. Sa dépression va trouver un écho chez ce vagabond mutique dans une ambiance de chaos social. En restant exclusivement dans leur point de vue, un état de suffocation nous emporte et ne nous lache plus. La conviction sidérante de Michael Shannon nous contamine pour évoluer au fil des révélations sur son passé énigmatique et refermer sa toile dans l’étranglement du dernier acte. Ayant joué la pièce une centaine de fois, il illumine sa partenaire de son aura, la transformant en insecte irradié par son délire. La mise en scène progressivement survoltée apporte une certaine fraîcheur à ce huit-clos étouffant filmé comme une guerre contre l'invisible. Les perturbations extérieures sont absorbées par leur folie à l'instar du spectateur qui passe de la compassion au dégoût le sourire aux lèvres grâce à un subtil humour noir.
La critique politique de la paranoïa américaine permet d'identifier la filiation du film avec L'ECHELLE DE JACOB ou FIGHT CLUB dont il rend de discrets hommages. Mais la vision corrosive est cette fois enrichie d'une réflexion dérangeante sur un amour passionnel vampirisant, conséquence de l'isolement et de la dépression. Ce foisonnement thématique perclus dans un dispositif radical permet à BUG d’être revu sans déplaisir.
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