SAW 3 de Darren Lynn
Bousman ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup
moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw
et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même
l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.
REEKER de Dave Payne
**

Acteurs : Jordana Brewster, Diora Baird
date de sortie : 7 février 2007
durée : 96min
Une dernière virée de deux frères avant le Vietnam accompagnés de leurs copines finit par un accident de la route qui les oblige à appeler le shérif local. Commence alors pour eux une séquestration sadique par une famille où le plus jeune découpe les victimes pour le dîner.
La précédente version de Marcus Nispel avait réussi à annihiler toute l'inventivité et le subversif de l'original. Le contexte politique tendu ainsi que les détails perturbant des mœurs de cette famille avait disparu pour en faire un produit propret et faussement sauvage. Ce sixième opus prend radicalement le contre-pied du précédent pour redorer et enrichir ce mythe incontournable du genre. A l'instar de DEVIL'S REJECTS, Jonathan Liebesman prend un malin plaisir à recréer l'ambiance seventies (Hell's angels, Vietnam...) pour nous raconter dans ses moindres détails l'évolution grotesque de ces mangeurs de « viande fraîche » victimes de la désertion économique de leur village isolé. L'argument de l'attachement à la terre et du cannibalisme comme seules lois subsistantes rappelle la logique familiale de LA COLLINE A DES YEUX. Ce principe fonctionne ici d'autant mieux car le suspense ne se fonde pas sur la suggestion mais au contraire sur l'accumulation de détails glauques sur le passé de cette lignée imprévisible alors même que l'on découvre les jeunes protagonistes par un montage parallèle. La cruauté de ce parti pris est d'autant plus efficace que les jeunes recrues sont plus sympathiques qu'à l'accoutumé.
Face à l'image lisse et sans âme du Nispel, l'esthétique contribue cette fois à une progression des ténèbres par une photo qui valorise la déco minutieuse menant vers une abstraction digne des pires cauchemars. Les quelques références aux YEUX SANS VISAGES de Franju n'y sont pas pour rien. Cette caricature ironique de la famille renfermée sur ses traditions aura plus de peine à trouver un large public que la cuvée 2003 tant l'expérience est viscérale et singulière dans le gore pour mieux préserver le mythe.