SAW 3 de Darren Lynn
Bousman ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup
moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw
et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même
l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.
REEKER de Dave Payne
**

Le jeune Patte de Jaguar vit en harmonie dans un village pacifiste avec sa femme enceinte. Une tribu Maya les envahie, les tue et enlève les hommes pour les donner en sacrifice au dieu d'une civilisation Maya sur le déclin. Le futur père s'opposera à son effroyable destin par la fuite pour sauver sa femme.
Le film s’est vendu comme un spectacle familial d’aventure dépaysant pour mieux illustrer ses thèses sur notre monde décadent par un survival gore en guise de rédemption. Après s'être fait assimilé à un anglophobe (BRAVEHEART) puis un antisémite (LA PASSION DU CHRIST) Mel Gibson choisit la civilisation Maya pour cette fois se détacher de toutes vraisemblances historiques. La reconstitution est prétexte à créer une parabole sur la société occidentale en déclin par un salmigondis de références, de la Shoa à la guerre en Irak. Ces parallèles vite esquissés, trop directs dans leur représentation fonctionnent comme des compromis justifiant le déferlement de violence. Le prophétisme cauchemardesque est délaissé dans la deuxième partie pour une chasse à l’homme au profit d’un message sur la peur comme valeur éducative. La fusion du héros avec la nature personnifiée qui lui permet de transformer sa peur en instinct de survie est un principe déjà vu dans DELIVRANCE et PREDATOR mais renouvelé par une mise en scène d’illuminé.
La qualité technique est au service d’une violence graphique rappelant l'esthétique sauvage d'un MAD MAX. Le cadrage très mobile dans ses axes renforce l'efficacité d'une action où le point de vue des bourreaux et des victimes s’alternent indifféremment pour rythmer la boucherie. Ce parti pris fait oublier efficacement le prophétisme du premier acte pour suivre un spectacle riche en sensations fortes. Découle alors de ce déséquilibre le dégoût ou l’intérêt pour ce film cynique et réactionnaire par sa conclusion sur la famille comme ultime lien social en période d’apocalypse.
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