SAW 3 de Darren Lynn
Bousman ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup
moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw
et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même
l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.
REEKER de Dave Payne
**

Un grand-père tenancier d’un modeste snack voit sa petite fille enlevée par une créature aquatique géante. Le père, un simple d’esprit, l’oncle, un chômeur alcoolique et la tante, championne de tir à l’arc ratée, vont tout tenter pour sauver la petite Hyun-seo, l’espoir de la famille.
Le cinéma coréen s'est révélé en une décennie innovant grâce à la liberté de style et au mélange de tonalités qu’il déploie. Ce deuxième film du réalisateur de l’ironique polar MEMOIRE D’UN TUEUR en est le meilleur exemple cette année. Vendu comme un film de genre quelconque, il se permet dès l'ouverture d'afficher un discours politique d’une limpidité rare pour ensuite explorer de multiples genres. Cette famille de ratés démontrera par sa solidarité qu'il ne faut jamais désespérer même des pires situations surtout face à des pouvoirs administratifs qui cherchent à détruire leurs derniers espoirs de survie pour sauver sa face au niveau international. Le film alterne d’ailleurs avec subtilité les scènes de monstres et la description du gouvernement désorganisé. En revanche la critique des Etats-Unis par le prisme écologique manque de finesse. Cette lourdeur se retrouve dans le traitement des personnages où l’insistance humoristique sur leurs défauts casse le rythme de la seconde partie.
L’inventivité de la mise en scène rattrape en quelques séquences de suspense très réussies les ambitions démesurées du script. La profondeur de champ aussi bien visuelle que sonore crédibilise incroyablement les apparitions du monstre. Visqueux et souple, il avance rapidement malgré sa stature de tyrannosaure pendant qu’au premier plan les personnages continuent leurs occupations avant de se faire gober. Son silencieux déplacement évoque un virus d’ailleurs prétexte à une scène burlesque hilarante évoquant la grippe aviaire.
Techniquement moins abouti que LA GUERRE DES MONDES de Spielberg, il reste tout de même plus réjouissant que celui-ci sur le thème de la famille face une situation de chaos social et révèle une audace certaine à mixer comédie, mélodrame, satire sociale et politique dans un véritable film de monstre. Reste à voir si le spectateur est prêt à assumer un dépaysement aussi radical.
