SAW 3 de Darren Lynn
Bousman ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup
moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw
et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même
l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.
REEKER de Dave Payne
**

Acteurs : Ivana Baquero, Sergi Lopez
date de sortie : 1 novembre 2006
durée : 112min
Guillermo Del Toro, d’origine mexicaine, prolonge avec ce conte horrifique l’expérience narrative de L’ECHINE DU DIABLE tourné également dans sa langue maternelle et en Espagne. A nouveau la guerre franquiste sert de toile de fond mais cette fois une fillette incarne le jeune héros rêveur devenu orphelin. Pourtant dans LE LABYRINTHE DE PAN l’intrigue est bien plus complexe, au risque même d’en déstabiliser certains. Dans l’Espagne de 1944 une femme enceinte, accompagnée de sa fille Ophélia, rejoint son nouvel époux, un capitaine franquiste tyrannique. La fillette ne supporte pas cet homme indifférent à sa mère, pourtant tombée malade pour le rejoindre. Le militaire qui craint une fausse couche ne pense qu’au fils à naître. Angoissée par ce climat oppressant, Ophélia découvre alors un mystérieux labyrinthe habité par une étrange créature… Cette évasion dans un conte de fée macabre pour conjurer une réalité sordide étouffante est d’une efficacité dramatique accablante. Del Toro réhabilite un art préhistorique bafoué dans les films, celui du conteur traditionnel. Il s'approprie des archaïsmes inconscients pour renvoyer le spectateur infantilisé par son dispositif allégorique à une leçon de morale sur l'individualisme en temps de guerre : sauver les plus jeunes avant de penser à sa propre survie. En ce sens LE LABYRINTHE DE PAN prolonge directement LA NUIT DU CHASSEUR mais également SHINING de Kubrick en nous plongeant dans le point de vue de l’enfant autant que dans celui du père monstrueux. En contrepoint du Kubrick, la figure du labyrinthe incarne cette fois l’univers mental de la fillette. Quant à la violence du père, elle est incarnée ici par le rapport obsessionnel qu’il entretient avec le temps et que symbolise la montre de son propre père, stoppée à l’heure de sa mort. Chaque personnage est présenté dans ses moindres motivations et parts d’ombre. Leur profondeur psychologique mêlée à une interprétation homogène et sans faille renforce cette équilibre d’empathie qui manquait quelque peu à SHINING. Il faut voir la prestation impressionnante de Sergi Lopez en fasciste impulsif, comparable à Jack Nicholson tout en laissant s’épanouir le jeu de ses partenaires. La mise en scène fourmille d’influences harmonieuses et décomplexées, entre peinture symboliste, H.P LOVECRAFT et les comics. La beauté plastique exceptionnelle des décors est renforcée par une lumière riche en ombres expressionniste où la clarté renouvelle l’esthétique féerique. Les créatures que l’on y trouve sont des plus inspirées qu’il nous ait été donné de voir dans l’univers du merveilleux au cinéma.
Ce film a mûri pendant vingt ans dans l’esprit de Del Toro pour aboutir, après six long-métrages, à une œuvre personnelle et dense du Mexique à l’Espagne. Contrairement à Tim Burton, il a su adapter et enrichir son univers au contact des grands studios avec BLADE 2 ou HELLBOY. LE LABYRINTHE reformule les allégories antérieurement développées dans des films comme PAPERHOUSE de Bernard Rose et SLEEPY HOLLOW de Tim Burton. PAPERHOUSE était déjà une parabole sensible et sombre sur la disparition des rêves et croyances de l’enfance. SLEEPY HOLLOW traitait du passage à l’âge adulte sur le mode de l’épouvante. Le film de Del Toro respecte quant à lui les principes fondamentaux du conte en confrontant directement la fillette à la brutalité du monde tel qu’il est. La thématique de l’innocence propre à ce genre est enrichie par une réflexion bouleversante sur l’imaginaire comme refuge éternel mais inatteignable. Les créatures de son univers ne sont pas plus rassurantes que son beau-père (Sergi Lopez), monstre despotique et sanguinaire, mais elles lui donnent au moins l’espoir de retourner dans le royaume originel. Pas besoin de don de télépathie comme dans SHINING, ses rêveries suffiront à lui faire comprendre la logique destructrice imposé par les adultes en temps de guerre pour sauver son petit frère.

Si vous êtes tentés par un voyage ténébreux et mélancolique, n’hésitez pas à donner deux heures de votre vie à ce joyau noir. D’ailleurs son seul défaut perceptible est sa durée, trop courte par rapport à la densité de l’ensemble. Le fantastique espagnol est décidément à suivre de près. Cette année avec la consécration dans les festivals de FRAGILE, LE LABYRINTHE DE PAN est le suivant à s’inscrire dans les dictionnaires.