LES RUINES de Carter
Smith **
Dans le genre survival de prévention à l’intention des jeunes vacanciers en quête d’exotisme, ce film est un modèle et constitue une bonne alternative au médiocre Turistas. Cette excursion dans des vestiges mayas renouvelle d’une manière inattendue les sacrifices humains. La violence est crue au traitement réaliste et dérangeant. L’esthétique gore surprend par le biais d’une vaste créature constituant le décor d’un huis clos suffocant.

SAW 3 de Darren Lynn
Bousman **
Ambitieuse par son script,
cette suite l’est beaucoup moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario.
Les révélations sur Jigsaw et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises
maintiennent tout de même l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus tordus.
***
Une fillette, Sharon, est obsédée dans ses cauchemars par une ville mystérieuse appelée Silent Hill. Sa mère excédée par ses crises somnambuliques décide seule d’emmener sa fille dans cette ville fantomatique mais à son approche une silhouette d’enfant leur provoque un accident de voiture. A son réveil Rose découvre que sa fille a disparu. Avec l’aide d’une femme flic, elle s’aventure à sa recherche dans les ruines de cette ville aux multiples dimensions gouvernée par une secte chrétienne nimbée de créatures sorties des toiles de Bacon…
Christophe Gans
a pressentit depuis longtemps que certains jeux vidéo pouvaient être considéré comme des œuvres narratives expérimentales hors des conventions avec une richesse esthétique aussi importante que
d’autres arts visuels illustrant un scénario aussi torturé que certains classiques de la littérature d’épouvante contemporaine. Le scénariste Roger Avary et Christophe Gans ont préféré créer une
histoire de toute pièce pour garder l’esprit de l’œuvre originel soit une relecture du mythe d’Orphée pour mieux composer avec différents éléments des jeux comme l’intrigue principale, les
créatures, la musique. Cette interprétation personnelle révèle un véritable soucis d’adaptation de la narration propre au cinéma.
Malgré l’exploit d’avoir su adapter sans trahir, le parti pris d’ajouter une intrigue pour chaque dimension spatio-temporelle
de la ville disperse le spectateur au point d’éventer le mystère. Par exemple le point de vue du père ralentit inutilement l’action en détruisant l’unité dramatique pour
trouver son véritable intérêt uniquement dans la toute dernière scène. Cette idée apporte pourtant beaucoup à l’équilibre de l’esthétique mais réduit l’implication émotionnelle du spectateur
surtout quand on s’aperçoit que les raccords entre le monde réel et celui de la brume ne sont pas à la hauteur des transitions présentant le monde infernal métallique. Cette intrigue de trop
n’est elle présente que par peur de n’avoir que des personnages féminins ou bien juste un remplissage décoratif ? La distorsion temporelle que provoque le jeu original est
illustrée dans le film par les quatre dimensions mais cela désamorce tout suspense donc jeu sur la durée avec pour conséquence une réduction de la terreur psychologique qu’aurait pu provoquer par
exemple Red Pyramid comme si Gans laissait ses acteurs à distance autant que ses spectateurs. En outre les enjeux expressionnistes et suggestifs des œuvres originelles sont particulièrement
sous-exploités comme le hors-champ du brouillard ou celui des ombres et autres coins sombres. L’efficacité du jeu provenait de ces zones opaques autant dans la composition des plans que dans
l’intrigue alors que le film expose ses créatures comme un défilé de mode. Elles gardent tout de même leur fascinante laideur grâce aux performances des comédiens complétés par une bande son
d’une richesse rare et parfaitement adapté. Tous les aspects techniques du film, de la déco au mouvements de caméra, sont particulièrement bluffant.
Pour résumé Gans nous conte un récit d’épouvante avec une rigueur et une classe de si haute tenue qu’il en délaisse l’ingrédient principal : la peur. Après Le pacte des loups il a passé certains caps dans la direction d’actrices - la maitrise de la toute jeune Jodelle Ferland sur son personnage est exceptionnelle – mais la direction de spectateurs n’est toujours pas au rendez-vous.
Le pari d'insufler un nouveau style de film d’horreur est tout de même amplement tenu donnant ainsi un statut très particulier à la première adaptation réussie d’un jeu vidéo qui lui même brassait de multiples références cinéphiles et littéraires.
C’est vrai mais étant un inconditionnel du jeu j’avais mis à l’époque trop d’espoirs sur cette adaptation. Et effectivement avec le recul, je dis pas non à un autre film de cette trempe là.
Plus qu’à espérer que le prochain Gans, une nouvelle version de Fantomas, revitalisera le film de genre en France.