Critiques brèves

  

 

 

undefinedSAW 3    de Darren Lynn Bousman                          ***
Ambitieuse par son script, cette suite l’est beaucoup moins dans sa réalisation qui ne vise que la surenchère dans ses effets. Le suspense est du coup inégal car décomposé dans les multiples embranchements du scénario. Les révélations sur Jigsaw et d’autres personnages pleuvent généreusement mais dissolvent l’angoisse de la claustration des précédents opus. Les retournements de situations et autres surprises maintiennent tout de même l’attention autant que les casse-têtes aux mécanismes mortels toujours plus sadiques et gores.

 

reeker1.jpgREEKER de Dave Payne                                                                                                **

 Une série B qui exploite parfaitement son manque de moyen pour nous suggérer le pire. L’intrigue qui mélange savamment mystère, gore et S-F Le twist final est par contre déjà-vu et décevant vis-à-vis de la réalisation par ailleurs très travaillée sur l’atmosphère. Le groupe de jeunes manque de charme mais à l’inverse le reeker a plus d’un tour dans sa boite. 
 

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L’EXORCISME D’EMILY ROSE de Scott Derrickson                                     **

Mix efficace de film de procès et d’épouvante. Jennifer Carpenter, une révélation, déploie un large panel de grimaces et de contorsions pour créer l’effroi. La lumière très inspirée de Tom Stern (MYSTIC RIVER, MILLION DOLLAR BABY) réveille en nous des angoisses archaïques mêlées de mysticisme. Mais l’intrigue, pourtant fondée sur le doute, est dans son dénouement pleinement du côté de la religion par la sanctification d’Emily avec pour seule justification de s’inspirer d’une histoire vraie.

 

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Réalisation : Neil Burger

Acteurs : Edward Norton, Paul Giamatti

date de sortie : 17 janvier 2007

durée : 110min

                                                                        
         

Ne vous attendez pas à un thriller fantastique digne du machiavélique PRESTIGE de Christopher Nolan sous prétexte que les deux métrages se déroulent dans le même milieu. Il s'agit cette fois d'une intrigue amoureuse saupoudrée de mystères faussement surnaturels. A Vienne au début du siècle dernier, le ténébreux illusionniste Eisenheim, va utiliser ses tours pour renouer avec son amour d'enfance, une duchesse promise par son rang à l'autoritaire prince Leopold. En plein
déclin de l'empire austro-hongrois, Eisenheim dont la renommée croît au fil de ses représentations s'octroie la popularité perdue du prince. Furieux, ce dernier envoie le rationnel et dévoué inspecteur Uhl enquêter pour dévoiler ses secrets au grand jour.

Cette lutte de l'esprit se révèle trop fade car l'issue est rapidement annoncée par des ficelles de narration trop visibles. Elles tentent de se faire oublier par les trucages numériques des tours de magie qui, à défaut d'être invraisemblables, s'intégrent parfaitement à l'image satinée sépia. Cet embalage  mielleux contamine l'intrigue amoureuse très fleur bleue. Quant à l'enquête, son suspense s'évapore vite pour le spectateur attentif, paradoxe pour un film qui fait de l'énigmatique sa principale intention. Seul le jeu précis et fascinant d'Edward Norton réussi par son charisme ténébreux à faire oublier une intrigue qui abat trop vite ses cartes.

 

par Jaco Hellman
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Réalisation : Mel Gibson

Acteurs : Rudy Youngblood, Dalia Hernandez

date de sortie : 10 janvier 2007

durée : 139min







Le jeune Patte de Jaguar vit en harmonie dans un village pacifiste avec sa femme enceinte. Une tribu Maya les envahie, les tue et enlève les hommes pour les donner en sacrifice au dieu d'une civilisation Maya sur le déclin.  Le futur père s'opposera à son effroyable destin par la fuite pour sauver sa femme.

 
Le film s’est vendu comme un spectacle familial d’aventure dépaysant pour mieux illustrer ses thèses sur notre monde décadent par un survival gore en guise de rédemption. Après s'être fait assimilé à un anglophobe (BRAVEHEART) puis un antisémite (LA PASSION DU CHRIST) Mel Gibson choisit la civilisation Maya pour cette fois se détacher de toutes vraisemblances historiques.  La reconstitution est prétexte à créer une parabole sur la société occidentale en déclin par un salmigondis de références, de la Shoa à la guerre en Irak. Ces parallèles vite esquissés, trop directs dans leur représentation fonctionnent comme des compromis justifiant le déferlement de violence. Le prophétisme cauchemardesque est délaissé dans la deuxième partie pour une chasse à l’homme au profit d’un message sur la peur comme valeur éducative. La fusion du héros avec la nature personnifiée qui lui permet de transformer sa peur en instinct de survie est un principe déjà vu dans DELIVRANCE et PREDATOR mais renouvelé par une mise en scène d’illuminé.

La qualité technique est au service d’une violence graphique rappelant l'esthétique sauvage d'un MAD MAX. Le cadrage très mobile dans ses axes renforce l'efficacité d'une action où le point de vue des bourreaux et des victimes s’alternent indifféremment pour rythmer la boucherie. Ce parti pris fait oublier efficacement le prophétisme du premier acte pour suivre un spectacle riche en sensations fortes. Découle alors de ce déséquilibre le dégoût ou l’intérêt pour ce film cynique et réactionnaire par sa conclusion sur la famille comme ultime lien social en période d’apocalypse.

par Jaco Hellman
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Réalisation : Jaume Balaguero 

Acteurs : Calista Flockhart, Yasmin Murphy

sortie dvd : 12 juin 2006

durée : 93min

  

 


 

 

     

Dans un hôpital pour enfants, l’un d’eux subit dans son sommeil des fractures d’origine mystérieuse. L’infirmière Amy, nouvelle dans ce service s’attache plus particulièrement à une petite fille incurable perturbée la nuit par d’effrayants bruits de pas aux résonances métalliques. Ils proviennent de l’étage supérieur pourtant désaffecté depuis plus d’un demi-siècle.

En transposant les stéréotypes de la maison hantée dans un hôpital, Balaguero modernise LES INNOCENTS de Jack Clayton, classique du film de fantômes. FRAGILE se démarque de ses homologues japonais (DARK WATER ; JU-ON) par un lyrisme obsédant un brin monotone mais aux problématiques plus limpides. Avec un sens de la suggestion des plus efficaces, il nous invite à redécouvrir des peurs originelles si l’on est prêt à suivre ses personnages peu engageants.

 

Pour la troisième fois, Balaguero nous présente une jeune femme seule qui ne peut compter sur personne pour sauver des enfants d’un péril spectral. Après une secte (LA SECTE SANS NOM) et une famille (DARKNESS),  l’héroïne enquête cette fois dans un hôpital comme autre lieu de souffrances d’enfants. L’écoute d’Amy, joué par Calista Flockhart (Ally MacBeal), contraste singulièrement avec ses collègues de l’hôpital, désinvestis dans leur fonction. Ceux-ci ont tous un degré d’irresponsabilité équivalent à leur niveau hiérarchique  comme le médecin chef, qui au lieu d’écouter les interrogations d’Amy sur les jeunes victimes, tombe amoureux d’elle pour mieux la contrôler. Ses inquiétudes l’isolent progressivement du milieu hospitalier trop rationnel pour répondre aux hallucinations démoniaques de la petite Maggie condamnée par la maladie...

Malgré des dialogues assez plats et quelques longueurs, le scénario privilégie l'ambiance pour parvenir à crédibiliser visuellement la maladie et le funeste passé d’Amy par l’étage désaffecté comme représentation commune de leur souffrance. Le doute sur les origines et les motivations du fantôme suggèrent subtilement le pire pour maintenir l’attention. La photo et le mixage sonore exceptionnels font froid dans le dos à plusieurs reprises. La musique lancinante et mélancolique contribue à renforcer l’atmosphère contrastée entre la froideur morbide de l’hôpital et l’effervescence de l’étage infernal. Après un crescendo subtilement ficelé, le dénouement paraît plus convenu mais du moins parfaitement logique. Féru de SILENT HILL, Balaguero rend hommage à cette œuvre envoûtante et neurasthénique avec plus de noblesse et un budget huit fois inférieur à la réalisation de Christophe Gans. Ses récompenses au festival de Gerardmer sont d’autant plus méritées.

 

par Jaco Hellman
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Réalisation : Joon-ho Bong

Acteurs : Song Kang-Ho, Nae Doona

date de sortie : 22 novembre 2006

durée : 120min










Un grand-père tenancier d’un modeste snack voit sa petite fille enlevée par une créature aquatique géante. Le père, un simple d’esprit, l’oncle, un chômeur alcoolique et la tante, championne de tir à l’arc ratée, vont tout tenter pour sauver la petite Hyun-seo, l’espoir de la famille.  

Le cinéma coréen s'est révélé en une décennie innovant grâce à la liberté de style et au mélange de tonalités qu’il déploie. Ce deuxième film du réalisateur de l’ironique polar MEMOIRE D’UN TUEUR en est le meilleur exemple cette année. Vendu comme un film de genre quelconque, il se permet dès l'ouverture d'afficher un discours politique d’une limpidité rare pour ensuite explorer de multiples genres. Cette famille de ratés démontrera par sa solidarité qu'il ne faut jamais désespérer même des pires situations surtout face à des pouvoirs administratifs qui cherchent à détruire leurs derniers espoirs de survie pour sauver sa face au niveau international. Le film alterne d’ailleurs avec subtilité les scènes de monstres et la description du gouvernement  désorganisé. En revanche la critique des Etats-Unis par le prisme écologique manque de finesse. Cette lourdeur se retrouve dans le traitement des personnages où l’insistance humoristique sur leurs défauts casse le rythme de la seconde partie.

L’inventivité de la mise en scène rattrape en quelques séquences de suspense très réussies les ambitions démesurées du script. La profondeur de champ aussi bien visuelle que sonore crédibilise incroyablement les apparitions du monstre. Visqueux et souple, il avance rapidement malgré sa stature de tyrannosaure pendant qu’au premier plan les personnages continuent leurs occupations avant de se faire gober. Son silencieux déplacement évoque un virus d’ailleurs prétexte à une scène burlesque hilarante évoquant la grippe aviaire.    

Techniquement moins abouti que LA GUERRE DES MONDES de Spielberg, il reste tout de même plus réjouissant que celui-ci sur le thème de la famille face une situation de chaos social et révèle une audace certaine à mixer comédie, mélodrame, satire sociale et politique dans un véritable film de monstre. Reste à voir si le spectateur est prêt à assumer un dépaysement aussi radical.

par Jaco Hellman
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Réalisation : Paul Verhoeven 

Acteurs : Carice Van Houten, Sebastian Koch

Date de sortie : 29 novembre 2006

Durée : 145min

Genre: Thriller historique sentimental

  
 


Durant la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la planque de la belle chanteuse juive, Rachel Steinn, est détruite par une bombe perdue. Elle décide alors de traverser un fleuve avec un groupe de juifs pour rejoindre le sud de la Hollande déjà libéré. Suite à un massacre dont elle réchappe, elle se joindra à la résistance pour trouver celui qui a trahi sa famille et commandité ce carnage.

Verhoeven, de retour en Hollande après une longue et riche période dans les grands studios, a dû attendre des années de coproduction pour retrouver sa grandiloquence au cœur du système européen et nous livrer une reconstitution d’autant plus maîtrisée. Il retrouve son personnage de femme capable de manipuler le monde masculin (LE QUATRIEME HOMME, BASIC INSTINCT, SHOWGIRLS) mêlé à sa thématique du mal à travers différents âges de l’humanité (SOLDIER OF ORANGE, FLESH+BLOOD, STARSHIP TROOPERS, HOLLOW MAN). Il rend hommage à la réalisation des films romanesques de l’époque mâtiné d’espionnage à la Hitchcock période anglaise. Un vrai plaisir de cinéphile se dégage de cet ensemble foisonnant au risque d’en laisser certains sur le carreau. Le rythme est en effet tellement effréné qu’en dehors de l’effroi, peu d’émotions transparaissent car les révélations et rebondissements de l’intrigue s’enchaînent et relancent le doute sur la part d’ombre des protagonistes. L’héroïne toujours en mouvement s’infiltre dans un monde où elle apprend à ne faire confiance à personne, excepté en l’amour. Mais le récit de cette romance avec un général SS est, comme dans BASIC INSTINCT, froide et peu émouvante comme pour mieux nous concentrer sur la nature du Mal qui contamine sans cesse, au point que la Libération n’arrêtera pas sa propagation. La mise en scène qui en découle, digne d’un De Palma (référence à Carrie avec la scène du seau), et l’interprétation exceptionnelle de Carice Van Houten rattrapent largement les quelques faiblesses narratives.

par Jaco Hellman
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Réalisation : Guillermo Del Toro

Acteurs : Ivana Baquero, Sergi Lopez

date de sortie : 1 novembre 2006

durée : 112min


 

 

 

Guillermo Del Toro, d’origine mexicaine, prolonge avec ce conte horrifique l’expérience narrative de L’ECHINE DU DIABLE tourné également dans sa langue maternelle et en Espagne. A nouveau la guerre franquiste sert de toile de fond mais cette fois une fillette incarne le jeune héros rêveur devenu orphelin. Pourtant dans LE LABYRINTHE DE PAN l’intrigue est bien plus complexe, au risque même d’en déstabiliser certains. Dans l’Espagne de 1944 une femme enceinte, accompagnée de sa fille Ophélia,  rejoint son nouvel époux, un capitaine franquiste tyrannique. La fillette ne supporte pas cet homme indifférent à sa mère, pourtant tombée malade pour le rejoindre. Le militaire qui craint une fausse couche ne pense qu’au fils à naître. Angoissée par ce climat oppressant, Ophélia découvre alors un mystérieux labyrinthe habité par une étrange créature… Cette évasion dans un conte de fée macabre pour conjurer une réalité sordide étouffante est d’une efficacité dramatique accablante. Del Toro réhabilite un art préhistorique bafoué dans les films, celui du conteur traditionnel. Il s'approprie des archaïsmes inconscients pour renvoyer le spectateur infantilisé par son dispositif allégorique à une leçon de morale sur l'individualisme en temps de guerre : sauver les plus jeunes avant de penser à sa propre survie. En ce sens LE LABYRINTHE DE PAN prolonge directement LA NUIT DU CHASSEUR mais également SHINING de Kubrick en nous plongeant dans le point de vue de l’enfant autant que dans celui  du père  monstrueux. En contrepoint du Kubrick, la figure du labyrinthe incarne cette fois l’univers mental de la fillette. Quant à la violence du père, elle est incarnée ici par le rapport obsessionnel qu’il entretient avec le temps et que symbolise la montre de son propre père, stoppée à l’heure de sa mort. Chaque personnage est présenté dans ses moindres motivations et parts d’ombre. Leur profondeur psychologique mêlée à une interprétation homogène et sans faille renforce cette équilibre d’empathie qui manquait quelque peu à SHINING. Il faut voir la prestation impressionnante de Sergi Lopez en fasciste impulsif, comparable à Jack Nicholson tout en laissant s’épanouir le jeu de ses partenaires. La mise en scène fourmille d’influences harmonieuses et décomplexées, entre peinture symboliste, H.P LOVECRAFT et les comics. La beauté plastique exceptionnelle des décors est renforcée par une lumière riche en ombres expressionniste où la clarté renouvelle l’esthétique féerique. Les créatures que l’on y trouve sont des plus inspirées qu’il nous ait été donné de voir dans l’univers du merveilleux au cinéma.

 

Ce film a mûri pendant vingt ans dans l’esprit de Del Toro pour aboutir, après six long-métrages, à une œuvre personnelle et dense du Mexique à l’Espagne. Contrairement à Tim Burton, il a su adapter et enrichir son univers au contact des grands studios avec BLADE 2 ou HELLBOY. LE LABYRINTHE reformule les allégories antérieurement développées dans des films comme PAPERHOUSE de Bernard Rose et SLEEPY HOLLOW de Tim Burton. PAPERHOUSE était déjà une parabole sensible et sombre sur la disparition des rêves et croyances de l’enfance. SLEEPY HOLLOW traitait du passage à l’âge adulte sur le mode de l’épouvante. Le film de Del Toro respecte quant à lui les principes fondamentaux du conte en confrontant directement la fillette à la brutalité du monde tel qu’il est. La thématique de l’innocence propre à ce genre est enrichie par une réflexion bouleversante sur l’imaginaire comme refuge éternel mais inatteignable. Les créatures de son univers ne sont pas plus rassurantes que son beau-père (Sergi Lopez), monstre despotique et sanguinaire, mais elles lui donnent au moins l’espoir de retourner dans le royaume originel. Pas besoin de don de télépathie comme dans SHINING, ses rêveries suffiront à lui faire comprendre la logique destructrice imposé par les adultes en temps de guerre pour sauver son petit frère.

Si vous êtes tentés par un voyage ténébreux et mélancolique, n’hésitez pas à donner deux heures de votre vie à ce joyau noir. D’ailleurs son seul défaut perceptible est sa durée, trop courte par rapport à la densité de l’ensemble. Le fantastique espagnol est décidément à suivre de près. Cette année avec la consécration dans les festivals de FRAGILE, LE LABYRINTHE DE PAN est le suivant à s’inscrire dans les dictionnaires.   

par Jaco Hellman
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ILS


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Réalisation : Xavier Palud, David Moreau

Acteurs : Michaël Cohen, Olivia Bonamy

Date de sortie : 19 juillet 2006

Durée : 78min


 

 

 

 

Cette production française compense ses modestes moyens par un minimalisme efficace sur la forme mais parasité par l’aridité de l’intrigue. Un couple de jeunes français vivent dans une maison isolée en Roumanie. Ils se retrouvent un soir assailli par des rôdeurs… et l’ennui s’installe immédiatement pour le spectateur face au peu d’inventivités des situations et des dialogues. La scène d’ouverture est pourtant efficace dans sa suggestion avec le hors-champ sans être particulièrement originale. Le sentiment de temps réel développé ensuite est discrédité d'emblée par la présentation du couple trop sommaire pour avoir le minimum de profondeur psychologique et rendre au moins leur réaction crédible à défaut d’être sympathique. Cette unité narrative aurait pu présenter un intérêt à la manière du PROJET BLAIR WITCH si le script avait exploité le simple principe du conflit interne au groupe ou du moins s'en inspirer pour un isolement progressif des personnages multipliant ainsi les situations pour maintenir la tension. Quelques ficelles du genre se succèdent pourtant sans amplifier le drame ni l’angoisse. Le climax surgit au bout de trente minutes et entraîne un problème de rythme flagrant. Le remplissage de la deuxième partie entretient un suspense prévisible, déjà-vu et ennuyeux. Mais le pire reste le sous-texte du film censé faire réfléchir à la peur de l’Autre appuyé par un twist final douteux sous couvert de s’être inspiré d’un véritable fait divers. Il rappelle en ce sens la vision amorcée dans HOSTEL d’Elie Roth sur les pays d'Europe de l'est : leur crise d’identité les conduit à se venger, donc à torturer des touristes. Comble de l’ironie, c’est grâce à ces mêmes pays que ces deux films ont pu se produire. 

 

Malgré une déco efficace, une image expressionniste correcte et des acteurs convaincus, ce film est plombé par une narration trop sobre à cause d'un scénario bâclé qui n'exploite aucune piste secondaire pour tenir en haleine. Ses allures de moyen-métrage rallongé pour atteindre la durée requise provoque une somme de plans inutiles tout droit sortis d’un quelconque téléfilm. Le filmage à l’épaule parvient dans les vingts dernières minutes à retourner l’estomac par un cadrage bringuebalant faute d'idées pour renouveler le suspense. La qualité technique du son autant que l’image progressivement monochrome rend le résultat d’autant plus frustrant. Les indulgents feront le maximum pour s'attacher uniquement aux qualités, suffisamment nombreuses pour être encourager au sein  d'une production française qui progresse dans ce genre, surtout si l'on se souvient du prétentieux PROMENONS NOUS DANS LES BOIS bien plus raté. ILS mérite d'être comparé à STRAW DOGS de Sam Peckinpah, œuvre instigatrice du genre qu'il plagie dans ses meilleurs moments.

 

 

par Jaco Hellman
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