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Réalisation : Lucky McKee
Acteurs : Agnes Bruckner,
Patricia Clarkson
sortie dvd : 23 janvier 2007
durée : 91min
site officiel
Dans les années 60 en Nouvelle Angleterre, Heather, une jeune fille perturbée est placée par ses parents dans un pensionnat
isolé dans les bois. Elle subit alors de mystérieuses apparitions qui n’arrangent pas sa réputation auprès de la proviseur, la sèche et inquiétante Miss Traverse suivie de ses
enseignantes.
Très classique, le scénario brasse de multiples références et poncifs et ne parvient pas à s’épanouir en dehors d'un intimisme
sensible des rapports entre les pensionnaires. On retrouve donc la tonalité du mal-être adolescent de MAY, son précédent film qui renouvelait le mythe de Frankenstein. Malheureusement, dans THE
WOODS, le registre de l’intrigue est beaucoup plus prévisible. A force d’aligner les clins d’œil sans en prendre le contre-pied, l’impression de déjà-vu s’installe vite (comme dans EVIL
DEAD, Bruce Campbell ramène des innocents dans des bois maléfiques, sa famille remplace la bande de potes. Les voix et apparitions du pensionnat nous renvoient en plein SUSPIRIA d’Argento, mais
la directrice et ses suivantes avec leur attitude de body snatchers rappelle plutôt THE FACULTY, etc...). Cette accumulation qui ne ménage aucune surprise empêche l’angoisse de s’installer dans
la progression du fantastique. La mise en scène plus efficace dans la retranscription d’une ambiance se révèle dans l’acmé finale complètement ratée en voulant rendre hommage aux séries B kitch
des années 60.
Le film se rattrape pourtant aux branches grâce à sa direction artistique irréprochable. Le casting, très bien équilibré entre les trognes
du personnel enseignant et les jeunes élèves reste entièrement féminin. Leur justesse d’interprétation contribue à valoriser la verve de certains dialogues.
De nombreux détails visuels enrichissent une reconstitution très inspirée. La lumière diffuse donne un sentiment d’intemporalité très à propos. Cette atmosphère envoûtante et vénéneuse est
suffisamment inhabituelle pour faire abstraction de ses langueurs scénaristiques ou au contraire amplifie la déception.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : William Friedkin
Acteurs : Ashley Judd, Michael Shannon
date de sortie : 21 février 2007
durée : 100min
site officiel
Dans la chambre d'un motel miteux, Agnes vit seule dans l'angoisse du retour de son ex-mari sortant de prison. Lors d'une soirée
après son travail de serveuse, elle invite un nomade mystérieux qui parvient à la séduire malgré sa solitude endurcie. Après une nuit d'amour et une piqûre d'insecte, il lui révèle son passé peu
commun. Cela réveille en eux une flambée paranoïaque d'amour et de mort...
Friedkin réussi son retour avec l'adaptation d’une pièce de théâtre romantique et trash devenue culte. Au démarrage l'intrigue
traîne en longueur pour mieux nous expliquer le contexte et le passé douloureux de cette femme. Sa dépression va trouver un écho chez ce vagabond mutique dans une ambiance de chaos social. En
restant exclusivement dans leur point de vue, un état de suffocation nous emporte et ne nous lache plus. La conviction sidérante de Michael Shannon nous contamine pour évoluer au fil des
révélations sur son passé énigmatique et refermer sa toile dans l’étranglement du dernier acte. Ayant joué la pièce une centaine de fois, il illumine sa partenaire de son aura, la transformant en
insecte irradié par son délire. La mise en scène progressivement survoltée apporte une certaine fraîcheur à ce huit-clos étouffant filmé comme une guerre contre l'invisible. Les perturbations
extérieures sont absorbées par leur folie à l'instar du spectateur qui passe de la compassion au dégoût le sourire aux lèvres grâce à un subtil humour noir.
La critique politique de la paranoïa américaine permet d'identifier la filiation du film avec L'ECHELLE DE JACOB ou FIGHT
CLUB dont il rend de discrets hommages. Mais la vision corrosive est cette fois enrichie d'une réflexion dérangeante sur un amour passionnel vampirisant,
conséquence de l'isolement et de la dépression. Ce foisonnement thématique perclus dans un dispositif radical permet à BUG d’être revu sans déplaisir.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Jonathan Liebesman
Acteurs :
Jordana Brewster, Diora Baird
date
de sortie : 7 février 2007
durée : 96min
site officiel
Une
dernière virée de deux frères avant le Vietnam accompagnés de leurs copines finit par un accident de la route qui les oblige à appeler le shérif local. Commence alors pour eux une
séquestration sadique par une famille où le plus jeune découpe les victimes pour le dîner.
La précédente version de
Marcus Nispel avait réussi à annihiler toute l'inventivité et le subversif de l'original. Le contexte politique tendu ainsi que les détails perturbant des mœurs de cette famille avait disparu
pour en faire un produit propret et faussement sauvage. Ce sixième opus prend radicalement le contre-pied du précédent pour redorer et enrichir ce mythe incontournable du genre. A l'instar de
DEVIL'S REJECTS, Jonathan Liebesman prend un malin plaisir à recréer l'ambiance seventies (Hell's angels, Vietnam...) pour nous raconter dans ses moindres
détails l'évolution grotesque de ces mangeurs de « viande fraîche » victimes de la désertion économique de leur village isolé. L'argument de l'attachement à la terre et du cannibalisme
comme seules lois subsistantes rappelle la logique familiale de LA COLLINE A DES YEUX. Ce principe fonctionne ici d'autant mieux car le suspense ne se fonde
pas sur la suggestion mais au contraire sur l'accumulation de détails glauques sur le passé de cette lignée imprévisible alors même que l'on découvre les jeunes protagonistes par un montage
parallèle. La cruauté de ce parti pris est d'autant plus efficace que les jeunes recrues sont plus sympathiques qu'à l'accoutumé.
Face à l'image lisse et sans âme du Nispel, l'esthétique contribue cette fois à une progression des ténèbres
par une photo qui valorise la déco minutieuse menant vers une abstraction digne des pires cauchemars. Les quelques références aux YEUX SANS VISAGES de Franju n'y sont pas pour rien. Cette
caricature ironique de la famille renfermée sur ses traditions aura plus de peine à trouver un large public que la cuvée 2003 tant l'expérience est viscérale et singulière dans le gore pour mieux
préserver le mythe.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Neil
Burger
Acteurs : Edward Norton, Paul Giamatti
date de sortie : 17 janvier 2007
durée : 110min
Ne vous attendez pas à un thriller fantastique digne du machiavélique PRESTIGE de Christopher Nolan sous prétexte que les deux
métrages se déroulent dans le même milieu. Il s'agit cette fois d'une intrigue amoureuse saupoudrée de mystères faussement surnaturels. A Vienne au début du siècle dernier, le ténébreux
illusionniste Eisenheim, va utiliser ses tours pour renouer avec son amour d'enfance, une duchesse promise par son rang à l'autoritaire prince Leopold. En plein déclin de l'empire austro-hongrois, Eisenheim dont la renommée croît au fil de ses représentations s'octroie la popularité perdue du prince.
Furieux, ce dernier envoie le rationnel et dévoué inspecteur Uhl enquêter pour dévoiler ses secrets au grand jour.
Cette lutte de l'esprit se révèle trop fade car l'issue est rapidement annoncée par des ficelles de narration trop visibles.
Elles tentent de se faire oublier par les trucages numériques des tours de magie qui, à défaut d'être invraisemblables, s'intégrent parfaitement à l'image satinée sépia. Cet
embalage mielleux contamine l'intrigue amoureuse très fleur bleue. Quant à l'enquête, son suspense s'évapore vite pour le spectateur attentif, paradoxe pour un film qui fait de
l'énigmatique sa principale intention. Seul le jeu précis et fascinant d'Edward Norton réussi par son charisme ténébreux à faire oublier une intrigue qui abat trop vite ses cartes.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Jaume
Balaguero
Acteurs : Calista Flockhart,
Yasmin Murphy
sortie dvd : 12 juin 2006
durée : 93min
Dans un hôpital pour enfants, l’un d’eux subit dans son sommeil des fractures d’origine mystérieuse. L’infirmière Amy, nouvelle
dans ce service s’attache plus particulièrement à une petite fille incurable perturbée la nuit par d’effrayants bruits de pas aux résonances métalliques. Ils proviennent de l’étage supérieur
pourtant désaffecté depuis plus d’un demi-siècle.
En transposant les stéréotypes de la maison hantée dans un hôpital, Balaguero modernise LES INNOCENTS de Jack Clayton, classique
du film de fantômes. FRAGILE se démarque de ses homologues japonais (DARK WATER ; JU-ON) par un lyrisme obsédant un brin monotone mais aux problématiques plus limpides. Avec un sens de la
suggestion des plus efficaces, il nous invite à redécouvrir des peurs originelles si l’on est prêt à suivre ses personnages peu engageants.
Pour la troisième fois, Balaguero nous présente une jeune femme seule qui ne peut compter sur personne pour sauver des enfants
d’un péril spectral. Après une secte (LA SECTE SANS NOM) et une famille (DARKNESS), l’héroïne enquête cette fois dans un hôpital comme autre lieu de souffrances d’enfants.
L’écoute d’Amy, joué par Calista Flockhart (Ally MacBeal), contraste singulièrement avec ses collègues de l’hôpital, désinvestis dans leur fonction. Ceux-ci ont tous un degré d’irresponsabilité
équivalent à leur niveau hiérarchique comme le médecin chef, qui au lieu d’écouter les interrogations d’Amy sur les jeunes victimes, tombe amoureux d’elle pour mieux la
contrôler. Ses inquiétudes l’isolent progressivement du milieu hospitalier trop rationnel pour répondre aux hallucinations démoniaques de la petite Maggie condamnée par la maladie...
Malgré des dialogues assez plats et quelques longueurs, le scénario privilégie l'ambiance pour parvenir à crédibiliser
visuellement la maladie et le funeste passé d’Amy par l’étage désaffecté comme représentation commune de leur souffrance. Le doute sur les origines et les motivations du fantôme suggèrent
subtilement le pire pour maintenir l’attention. La photo et le mixage sonore exceptionnels font froid dans le dos à plusieurs reprises. La musique lancinante et mélancolique contribue à renforcer
l’atmosphère contrastée entre la froideur morbide de l’hôpital et l’effervescence de l’étage infernal. Après un crescendo subtilement ficelé, le dénouement paraît plus convenu mais du moins
parfaitement logique. Féru de SILENT HILL, Balaguero rend hommage à cette œuvre envoûtante. Ses récompenses au festival de Gerardmer sont d’autant plus méritées.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Joon-ho Bong
Acteurs : Song Kang-Ho, Nae Doona
date de sortie : 22 novembre 2006
durée : 120min
site officiel
Un grand-père tenancier d’un modeste snack voit sa petite fille enlevée par une créature aquatique géante. Le père,
un simple d’esprit, l’oncle, un chômeur alcoolique et la tante, championne de tir à l’arc ratée, vont tout tenter pour sauver la petite Hyun-seo, l’espoir de la
famille.
Le cinéma coréen s'est révélé en une décennie innovant grâce à la liberté de style et au mélange de tonalités qu’il déploie. Ce
deuxième film du réalisateur de l’ironique polar MEMOIRE D’UN TUEUR en est le meilleur exemple cette année. Vendu comme un film de genre quelconque, il se permet dès l'ouverture d'afficher un
discours politique d’une limpidité rare pour ensuite explorer de multiples genres. Cette famille de ratés démontrera par sa solidarité qu'il ne faut jamais désespérer même des pires situations
surtout face à des pouvoirs administratifs qui cherchent à détruire leurs derniers espoirs de survie pour sauver sa face au niveau international. Le film alterne d’ailleurs avec subtilité les
scènes de monstres et la description du gouvernement désorganisé. En revanche la critique des Etats-Unis par le prisme écologique manque de finesse. Cette lourdeur se retrouve
dans le traitement des personnages où l’insistance humoristique sur leurs défauts casse le rythme de la seconde partie.
L’inventivité de la mise en scène rattrape en quelques séquences de suspense très réussies les ambitions démesurées
du script. La profondeur de champ aussi bien visuelle que sonore crédibilise incroyablement les apparitions du monstre. Visqueux et souple, il avance rapidement malgré sa stature de tyrannosaure
pendant qu’au premier plan les personnages continuent leurs occupations avant de se faire gober. Son silencieux déplacement évoque un virus d’ailleurs prétexte à une scène burlesque hilarante
évoquant la grippe aviaire.
Techniquement moins abouti que LA GUERRE DES MONDES de Spielberg, il reste tout de
même plus réjouissant que celui-ci sur le thème de la famille face une situation de chaos social et révèle une audace certaine à mixer comédie, mélodrame, satire sociale et politique dans un
véritable film de monstre. Reste à voir si le spectateur est prêt à assumer un dépaysement aussi radical.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Paul Verhoeven
Acteurs : Carice Van Houten, Sebastian
Koch
Date de sortie : 29
novembre 2006
Durée : 145min
Genre: Thriller historique sentimental
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Durant la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la planque de la belle chanteuse
juive, Rachel Steinn, est détruite par une bombe perdue. Elle décide alors de traverser un fleuve avec un groupe de juifs pour rejoindre le sud de la Hollande déjà libéré. Suite à un massacre
dont elle réchappe, elle se joindra à la résistance pour trouver celui qui a trahi sa famille et commandité ce carnage.
Verhoeven, de retour en Hollande après une longue et riche période dans
les grands studios, a dû attendre des années de coproduction pour retrouver sa grandiloquence au cœur du système européen et nous livrer une reconstitution d’autant plus maîtrisée. Il retrouve
son personnage de femme capable de manipuler le monde masculin (LE QUATRIEME HOMME, BASIC INSTINCT, SHOWGIRLS) mêlé à sa thématique du mal à travers différents âges de l’humanité (SOLDIER OF
ORANGE, FLESH+BLOOD, STARSHIP TROOPERS, HOLLOW MAN). Il rend hommage à la réalisation des films romanesques de l’époque mâtiné d’espionnage à la Hitchcock période anglaise. Un vrai plaisir de
cinéphile se dégage de cet ensemble foisonnant au risque d’en laisser certains sur le carreau. Le rythme est en effet tellement effréné qu’en dehors de l’effroi, peu d’émotions transparaissent
car les révélations et rebondissements de l’intrigue s’enchaînent et relancent le doute sur la part d’ombre des protagonistes. L’héroïne toujours en mouvement s’infiltre dans un monde où elle
apprend à ne faire confiance à personne, excepté en l’amour. Mais le récit de cette romance avec un général SS est, comme dans BASIC INSTINCT, froide et peu émouvante comme pour mieux nous
concentrer sur la nature du Mal qui contamine sans cesse, au point que la Libération n’arrêtera pas sa propagation. La mise en scène qui en découle, digne d’un De Palma (référence à Carrie avec
la scène du seau), et l’interprétation exceptionnelle de Carice Van Houten rattrapent largement les quelques faiblesses narratives.
Par Jaco Hellman
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Réalisation : Guillermo Del Toro
Acteurs : Ivana Baquero, Sergi
Lopez
date de sortie : 1 novembre 2006
durée : 112min
site officiel
Guillermo Del Toro, d’origine mexicaine, prolonge avec ce conte horrifique
l’expérience narrative de L’ECHINE DU DIABLE tourné également dans sa langue maternelle et en Espagne. A nouveau la guerre franquiste sert de toile de fond mais cette fois une fillette incarne le
jeune héros rêveur devenu orphelin. Pourtant dans LE LABYRINTHE DE PAN l’intrigue est bien plus complexe, au risque même d’en déstabiliser certains. Dans l’Espagne de 1944 une femme enceinte,
accompagnée de sa fille Ophélia, rejoint son nouvel époux, un capitaine franquiste tyrannique. La fillette ne supporte pas cet homme indifférent à sa mère, pourtant tombée
malade pour le rejoindre. Le militaire qui craint une fausse couche ne pense qu’au fils à naître. Angoissée par ce climat oppressant, Ophélia découvre alors un mystérieux labyrinthe habité par
une étrange créature… Cette évasion dans un conte de fée macabre pour conjurer une réalité sordide étouffante est d’une efficacité dramatique accablante. Del Toro réhabilite un art préhistorique
bafoué dans les films, celui du conteur traditionnel. Il s'approprie des archaïsmes inconscients pour renvoyer le spectateur infantilisé par son dispositif allégorique à une leçon de morale sur
l'individualisme en temps de guerre : sauver les plus jeunes avant de penser à sa propre survie. En ce sens LE LABYRINTHE DE PAN prolonge directement LA NUIT DU CHASSEUR mais également SHINING de
Kubrick en nous plongeant dans le point de vue de l’enfant autant que dans celui du père monstrueux. En contrepoint du Kubrick, la figure du labyrinthe
incarne cette fois l’univers mental de la fillette. Quant à la violence du père, elle est incarnée ici par le rapport obsessionnel qu’il entretient avec le temps et que symbolise la montre de son
propre père, stoppée à l’heure de sa mort. Chaque personnage est présenté dans ses moindres motivations et parts d’ombre. Leur profondeur psychologique mêlée à une interprétation homogène et sans
faille renforce cette équilibre d’empathie qui manquait quelque peu à SHINING. Il faut voir la prestation impressionnante de Sergi Lopez en fasciste impulsif, comparable à Jack Nicholson tout en
laissant s’épanouir le jeu de ses partenaires. La mise en scène fourmille d’influences harmonieuses et décomplexées, entre peinture symboliste, H.P LOVECRAFT et les comics. La beauté plastique
exceptionnelle des décors est renforcée par une lumière riche en ombres expressionniste où la clarté renouvelle l’esthétique féerique. Les créatures que l’on y trouve sont des plus inspirées
qu’il nous ait été donné de voir dans l’univers du merveilleux au cinéma.
Ce film a mûri pendant vingt ans dans l’esprit de Del Toro pour aboutir, après six long-métrages, à une œuvre personnelle et dense du Mexique
à l’Espagne. Contrairement à Tim Burton, il a su adapter et enrichir son univers au contact des grands studios avec BLADE 2 ou HELLBOY. LE LABYRINTHE reformule les allégories antérieurement
développées dans des films comme PAPERHOUSE de Bernard Rose et SLEEPY HOLLOW de Tim Burton. PAPERHOUSE était déjà une parabole sensible et sombre sur la disparition des rêves et croyances de
l’enfance. SLEEPY HOLLOW traitait du passage à l’âge adulte sur le mode de l’épouvante. Le film de Del Toro respecte quant à lui les principes fondamentaux du conte en confrontant directement la
fillette à la brutalité du monde tel qu’il est. La thématique de l’innocence propre à ce genre est enrichie par une réflexion bouleversante sur l’imaginaire comme refuge éternel mais
inatteignable. Les créatures de son univers ne sont pas plus rassurantes que son beau-père (Sergi Lopez), monstre despotique et sanguinaire, mais elles lui donnent au moins l’espoir de retourner
dans le royaume originel. Pas besoin de don de télépathie comme dans SHINING, ses rêveries suffiront à lui faire comprendre la logique destructrice imposé par les adultes en temps de guerre
pour sauver son petit frère.
Si vous êtes tentés par un voyage ténébreux et mélancolique, n’hésitez pas à donner deux heures de votre vie à ce joyau noir. D’ailleurs son
seul défaut perceptible est sa durée, trop courte par rapport à la densité de l’ensemble. Le fantastique espagnol est décidément à suivre de près. Cette année avec la consécration dans les
festivals de FRAGILE, LE LABYRINTHE DE PAN est le suivant à s’inscrire dans les dictionnaires.
Par Jaco Hellman
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