
**
Réalisation : Neil Burger
Acteurs : Edward Norton, Paul Giamatti
date de sortie : 17 janvier 2007
durée : 110min
Ne vous attendez pas à un thriller fantastique digne du machiavélique PRESTIGE de Christopher Nolan sous prétexte que les deux métrages se déroulent dans le même milieu. Il s'agit cette fois d'une intrigue amoureuse saupoudrée de mystères faussement surnaturels. A Vienne au début du siècle dernier, le ténébreux illusionniste Eisenheim, va utiliser ses tours pour renouer avec son amour d'enfance, une duchesse promise par son rang à l'autoritaire prince Leopold. En plein déclin de l'empire austro-hongrois, Eisenheim dont la renommée croît au fil de ses représentations s'octroie la popularité perdue du prince. Furieux, ce dernier envoie le rationnel et dévoué inspecteur Uhl enquêter pour dévoiler ses secrets au grand jour.
Cette lutte de l'esprit se révèle trop fade car l'issue est rapidement annoncée par des ficelles de narration trop visibles. Elles tentent de se faire oublier par les trucages numériques des tours de magie qui, à défaut d'être invraisemblables, s'intégrent parfaitement à l'image satinée sépia. Cet embalage mielleux contamine l'intrigue amoureuse très fleur bleue. Quant à l'enquête, son suspense s'évapore vite pour le spectateur attentif, paradoxe pour un film qui fait de l'énigmatique sa principale intention. Seul le jeu précis et fascinant d'Edward Norton réussi par son charisme ténébreux à faire oublier une intrigue qui abat trop vite ses cartes.
par Jaco Hellman
0
recommander

****
Réalisation : Jaume Balaguero
Acteurs : Calista Flockhart, Yasmin Murphy
sortie dvd : 12 juin 2006
durée : 93min
Dans un hôpital pour enfants, l’un d’eux subit dans son sommeil des fractures d’origine mystérieuse. L’infirmière Amy, nouvelle dans ce service s’attache plus particulièrement à une petite fille incurable perturbée la nuit par d’effrayants bruits de pas aux résonances métalliques. Ils proviennent de l’étage supérieur pourtant désaffecté depuis plus d’un demi-siècle.
En transposant les stéréotypes de la maison hantée dans un hôpital, Balaguero modernise LES INNOCENTS de Jack Clayton, classique du film de fantômes. FRAGILE se démarque de ses homologues japonais (DARK WATER ; JU-ON) par un lyrisme obsédant un brin monotone mais aux problématiques plus limpides. Avec un sens de la suggestion des plus efficaces, il nous invite à redécouvrir des peurs originelles si l’on est prêt à suivre ses personnages peu engageants.
Pour la troisième fois, Balaguero nous présente une jeune femme seule qui ne peut compter sur personne pour sauver des enfants d’un péril spectral. Après une secte (LA SECTE SANS NOM) et une famille (DARKNESS), l’héroïne enquête cette fois dans un hôpital comme autre lieu de souffrances d’enfants. L’écoute d’Amy, joué par Calista Flockhart (Ally MacBeal), contraste singulièrement avec ses collègues de l’hôpital, désinvestis dans leur fonction. Ceux-ci ont tous un degré d’irresponsabilité équivalent à leur niveau hiérarchique comme le médecin chef, qui au lieu d’écouter les interrogations d’Amy sur les jeunes victimes, tombe amoureux d’elle pour mieux la contrôler. Ses inquiétudes l’isolent progressivement du milieu hospitalier trop rationnel pour répondre aux hallucinations démoniaques de la petite Maggie condamnée par la maladie...
Malgré des dialogues assez plats et quelques longueurs, le scénario privilégie l'ambiance pour parvenir à crédibiliser visuellement la maladie et le funeste passé d’Amy par l’étage désaffecté comme représentation commune de leur souffrance. Le doute sur les origines et les motivations du fantôme suggèrent subtilement le pire pour maintenir l’attention. La photo et le mixage sonore exceptionnels font froid dans le dos à plusieurs reprises. La musique lancinante et mélancolique contribue à renforcer l’atmosphère contrastée entre la froideur morbide de l’hôpital et l’effervescence de l’étage infernal. Après un crescendo subtilement ficelé, le dénouement paraît plus convenu mais du moins parfaitement logique. Féru de SILENT HILL, Balaguero rend hommage à cette œuvre envoûtante et neurasthénique avec plus de noblesse et un budget huit fois inférieur à la réalisation de Christophe Gans. Ses récompenses au festival de Gerardmer sont d’autant plus méritées.
par Jaco Hellman
1
recommander

****
Réalisation : Joon-ho Bong
Acteurs : Song Kang-Ho, Nae Doona
date de sortie : 22 novembre 2006
durée : 120min
Un grand-père tenancier d’un modeste snack voit sa petite fille enlevée par une créature aquatique géante. Le père, un simple d’esprit, l’oncle, un chômeur alcoolique et la tante, championne de tir à l’arc ratée, vont tout tenter pour sauver la petite Hyun-seo, l’espoir de la famille.
Le cinéma coréen s'est révélé en une décennie innovant grâce à la liberté de style et au mélange de tonalités qu’il déploie. Ce deuxième film du réalisateur de l’ironique polar MEMOIRE D’UN TUEUR en est le meilleur exemple cette année. Vendu comme un film de genre quelconque, il se permet dès l'ouverture d'afficher un discours politique d’une limpidité rare pour ensuite explorer de multiples genres. Cette famille de ratés démontrera par sa solidarité qu'il ne faut jamais désespérer même des pires situations surtout face à des pouvoirs administratifs qui cherchent à détruire leurs derniers espoirs de survie pour sauver sa face au niveau international. Le film alterne d’ailleurs avec subtilité les scènes de monstres et la description du gouvernement désorganisé. En revanche la critique des Etats-Unis par le prisme écologique manque de finesse. Cette lourdeur se retrouve dans le traitement des personnages où l’insistance humoristique sur leurs défauts casse le rythme de la seconde partie.
L’inventivité de la mise en scène rattrape en quelques séquences de suspense très réussies les ambitions démesurées du script. La profondeur de champ aussi bien visuelle que sonore crédibilise incroyablement les apparitions du monstre. Visqueux et souple, il avance rapidement malgré sa stature de tyrannosaure pendant qu’au premier plan les personnages continuent leurs occupations avant de se faire gober. Son silencieux déplacement évoque un virus d’ailleurs prétexte à une scène burlesque hilarante évoquant la grippe aviaire.
Techniquement moins abouti que LA GUERRE DES MONDES de Spielberg, il reste tout de même plus réjouissant que celui-ci sur le thème de la famille face une situation de chaos social et révèle une audace certaine à mixer comédie, mélodrame, satire sociale et politique dans un véritable film de monstre. Reste à voir si le spectateur est prêt à assumer un dépaysement aussi radical.

par Jaco Hellman
0
recommander

*****
Réalisation : Guillermo Del Toro
Acteurs : Ivana Baquero, Sergi Lopez
date de sortie : 1 novembre 2006
durée : 112min
Guillermo Del Toro, d’origine mexicaine, prolonge avec ce conte horrifique l’expérience narrative de L’ECHINE DU DIABLE tourné également dans sa langue maternelle et en Espagne. A nouveau la guerre franquiste sert de toile de fond mais cette fois une fillette incarne le jeune héros rêveur devenu orphelin. Pourtant dans LE LABYRINTHE DE PAN l’intrigue est bien plus complexe, au risque même d’en déstabiliser certains. Dans l’Espagne de 1944 une femme enceinte, accompagnée de sa fille Ophélia, rejoint son nouvel époux, un capitaine franquiste tyrannique. La fillette ne supporte pas cet homme indifférent à sa mère, pourtant tombée malade pour le rejoindre. Le militaire qui craint une fausse couche ne pense qu’au fils à naître. Angoissée par ce climat oppressant, Ophélia découvre alors un mystérieux labyrinthe habité par une étrange créature… Cette évasion dans un conte de fée macabre pour conjurer une réalité sordide étouffante est d’une efficacité dramatique accablante. Del Toro réhabilite un art préhistorique bafoué dans les films, celui du conteur traditionnel. Il s'approprie des archaïsmes inconscients pour renvoyer le spectateur infantilisé par son dispositif allégorique à une leçon de morale sur l'individualisme en temps de guerre : sauver les plus jeunes avant de penser à sa propre survie. En ce sens LE LABYRINTHE DE PAN prolonge directement LA NUIT DU CHASSEUR mais également SHINING de Kubrick en nous plongeant dans le point de vue de l’enfant autant que dans celui du père monstrueux. En contrepoint du Kubrick, la figure du labyrinthe incarne cette fois l’univers mental de la fillette. Quant à la violence du père, elle est incarnée ici par le rapport obsessionnel qu’il entretient avec le temps et que symbolise la montre de son propre père, stoppée à l’heure de sa mort. Chaque personnage est présenté dans ses moindres motivations et parts d’ombre. Leur profondeur psychologique mêlée à une interprétation homogène et sans faille renforce cette équilibre d’empathie qui manquait quelque peu à SHINING. Il faut voir la prestation impressionnante de Sergi Lopez en fasciste impulsif, comparable à Jack Nicholson tout en laissant s’épanouir le jeu de ses partenaires. La mise en scène fourmille d’influences harmonieuses et décomplexées, entre peinture symboliste, H.P LOVECRAFT et les comics. La beauté plastique exceptionnelle des décors est renforcée par une lumière riche en ombres expressionniste où la clarté renouvelle l’esthétique féerique. Les créatures que l’on y trouve sont des plus inspirées qu’il nous ait été donné de voir dans l’univers du merveilleux au cinéma.
Ce film a mûri pendant vingt ans dans l’esprit de Del Toro pour aboutir, après six long-métrages, à une œuvre personnelle et dense du Mexique à l’Espagne. Contrairement à Tim Burton, il a su adapter et enrichir son univers au contact des grands studios avec BLADE 2 ou HELLBOY. LE LABYRINTHE reformule les allégories antérieurement développées dans des films comme PAPERHOUSE de Bernard Rose et SLEEPY HOLLOW de Tim Burton. PAPERHOUSE était déjà une parabole sensible et sombre sur la disparition des rêves et croyances de l’enfance. SLEEPY HOLLOW traitait du passage à l’âge adulte sur le mode de l’épouvante. Le film de Del Toro respecte quant à lui les principes fondamentaux du conte en confrontant directement la fillette à la brutalité du monde tel qu’il est. La thématique de l’innocence propre à ce genre est enrichie par une réflexion bouleversante sur l’imaginaire comme refuge éternel mais inatteignable. Les créatures de son univers ne sont pas plus rassurantes que son beau-père (Sergi Lopez), monstre despotique et sanguinaire, mais elles lui donnent au moins l’espoir de retourner dans le royaume originel. Pas besoin de don de télépathie comme dans SHINING, ses rêveries suffiront à lui faire comprendre la logique destructrice imposé par les adultes en temps de guerre pour sauver son petit frère.

Si vous êtes tentés par un voyage ténébreux et mélancolique, n’hésitez pas à donner deux heures de votre vie à ce joyau noir. D’ailleurs son seul défaut perceptible est sa durée, trop courte par rapport à la densité de l’ensemble. Le fantastique espagnol est décidément à suivre de près. Cette année avec la consécration dans les festivals de FRAGILE, LE LABYRINTHE DE PAN est le suivant à s’inscrire dans les dictionnaires.
par Jaco Hellman
0
recommander

**
Réalisation : Xavier Palud, David Moreau
Acteurs : Michaël Cohen, Olivia Bonamy
Date de sortie : 19 juillet 2006
Durée : 78min
Cette production française compense ses modestes moyens par un minimalisme efficace sur la forme mais parasité par l’aridité de l’intrigue. Un couple de jeunes français vivent dans une maison isolée en Roumanie. Ils se retrouvent un soir assailli par des rôdeurs… et l’ennui s’installe immédiatement pour le spectateur face au peu d’inventivités des situations et des dialogues. La scène d’ouverture est pourtant efficace dans sa suggestion avec le hors-champ sans être particulièrement originale. Le sentiment de temps réel développé ensuite est discrédité d'emblée par la présentation du couple trop sommaire pour avoir le minimum de profondeur psychologique et rendre au moins leur réaction crédible à défaut d’être sympathique. Cette unité narrative aurait pu présenter un intérêt à la manière du PROJET BLAIR WITCH si le script avait exploité le simple principe du conflit interne au groupe ou du moins s'en inspirer pour un isolement progressif des personnages multipliant ainsi les situations pour maintenir la tension. Quelques ficelles du genre se succèdent pourtant sans amplifier le drame ni l’angoisse. Le climax surgit au bout de trente minutes et entraîne un problème de rythme flagrant. Le remplissage de la deuxième partie entretient un suspense prévisible, déjà-vu et ennuyeux. Mais le pire reste le sous-texte du film censé faire réfléchir à la peur de l’Autre appuyé par un twist final douteux sous couvert de s’être inspiré d’un véritable fait divers. Il rappelle en ce sens la vision amorcée dans HOSTEL d’Elie Roth sur les pays d'Europe de l'est : leur crise
d’identité les conduit à se venger, donc à torturer des touristes. Comble de l’ironie, c’est grâce à ces mêmes pays que ces deux films ont pu se produire.
Malgré une déco efficace, une image expressionniste correcte et des acteurs convaincus, ce film est plombé par une narration trop sobre à cause d'un scénario bâclé qui n'exploite aucune piste secondaire pour tenir en haleine. Ses allures de moyen-métrage rallongé pour atteindre la durée requise provoque une somme de plans inutiles tout droit sortis d’un quelconque téléfilm. Le filmage à l’épaule parvient dans les vingts dernières minutes à retourner l’estomac par un cadrage bringuebalant faute d'idées pour renouveler le suspense. La qualité technique du son autant que l’image progressivement monochrome rend le résultat d’autant plus frustrant. Les indulgents feront le maximum pour s'attacher uniquement aux qualités, suffisamment nombreuses pour être encourager au sein d'une production française qui progresse dans ce genre, surtout si l'on se souvient du prétentieux PROMENONS NOUS DANS LES BOIS bien plus raté. ILS mérite d'être comparé à STRAW DOGS de Sam Peckinpah, œuvre instigatrice du genre qu'il plagie dans ses meilleurs moments.
par Jaco Hellman
0
recommander